L'Albanie a franchi une étape sans précédent dans sa longue lutte contre la corruption, en introduisant Diella, un système d'intelligence artificielle chargé de superviser les marchés publics.
Le Premier ministre Edi Rama a dévoilé cette ministre virtuelle dans le cadre des réformes liées à la candidature du pays à l'adhésion à l'Union européenne.
Bien qu'elle ne soit pas légalement ministre selon la loi albanaise, qui exige que les membres du cabinet soient des citoyens humains, Diella est présentée comme la première figure gouvernementale entièrement pilotée par l'IA du pays. Sa mission est claire : apporter transparence, efficacité et responsabilité dans l'un des domaines les plus exposés à la corruption en Albanie.
Diella n'est pas une inconnue pour les citoyens albanais. Elle est d'abord apparue comme assistante virtuelle sur la plateforme gouvernementale e-Albania, aidant plus d'un million de personnes à naviguer dans les processus bureaucratiques tels que les demandes de documents officiels. Aujourd'hui, ses responsabilités se sont considérablement élargies.
En automatisant la surveillance et la prise de décision, Diella devrait limiter l'interférence humaine dans les processus sensibles, tout en rendant les marchés publics plus rapides et plus transparents.
Pour développer ce système d'IA, l'Albanie collabore avec des experts locaux et internationaux, espérant établir un précédent mondial pour la gouvernance par l'IA.
L'annonce a suscité un vif débat en Albanie et au-delà. Les partisans saluent cette initiative comme une chance de reconstruire la confiance du public, surtout alors que le pays fait face à une pression croissante de l'UE pour éliminer la corruption systémique.
Le Dr Andi Hoxhaj du King's College de Londres note que l'UE a fait des réformes anti-corruption une condition centrale pour l'adhésion. "Il y a beaucoup en jeu", a-t-il déclaré, suggérant que Diella pourrait servir d'outil pour accélérer les réformes.
Cependant, les critiques considèrent l'initiative comme du théâtre politique. Les leaders de l'opposition soutiennent que qualifier Diella de "ministre" est inconstitutionnel et détourne l'attention des problèmes structurels plus profonds. Certains craignent que l'IA ne puisse pas pleinement résoudre les réseaux d'influence humains bien établis, tandis que d'autres s'inquiètent de la responsabilité si un algorithme prend une décision erronée.
L'expérience de l'Albanie s'inscrit dans une vague de gouvernements testant l'intelligence artificielle dans l'administration publique. Le bot Alice du Brésil a réduit les pertes financières liées à la fraude de près de 30% dans les audits des marchés publics, tandis que son bot Rosie, qui surveillait les dépenses parlementaires, a rencontré des limitations pour produire des preuves exploitables.
En Europe, le projet Digiwhist a montré comment les big data peuvent exposer la fraude dans les marchés publics à travers des dizaines de juridictions. Pourtant, la tentative ratée des Pays-Bas de détection de fraude sociale pilotée par l'IA, largement critiquée pour ses biais algorithmiques, souligne les risques d'une mauvaise utilisation.
Ces exemples mettent en évidence à la fois le potentiel et les pièges de l'IA dans la gouvernance. L'Albanie se trouve maintenant à un carrefour critique où, si elle est mise en œuvre de manière responsable, Diella pourrait renforcer la transparence et accélérer l'intégration à l'UE.
Le Premier ministre Rama reconnaît la dimension symbolique de la nomination de Diella mais insiste sur le fait qu'une intention sérieuse se cache derrière cette mise en scène. Au-delà de la lutte contre la fraude dans les marchés publics, il estime que la ministre IA mettra la pression sur les fonctionnaires humains pour repenser les pratiques obsolètes et adopter l'innovation.
Alors que l'Albanie équilibre espoir, scepticisme et le poids des attentes de l'UE, les débuts de Diella représentent à la fois un bond technologique et un pari politique. Qu'elle devienne un catalyseur de véritables réformes ou reste un coup de publicité dépendra de l'exécution et de la confiance du public.
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