FÀTIMA (Portugal), 21 juin — Une femme ferme les yeux tandis qu'un jeune homme habillé en prêtre pose ses deux mains sur son front. Quelques instants plus tard, elle tombe au sol devant des dizaines de fidèles.
La scène se déroule non pas dans une église, mais dans le sous-sol d'un petit centre commercial à quelques pas de la vaste esplanade du sanctuaire de Fatima au Portugal, l'un des sites de pèlerinage les plus visités de l'Église catholique.
Ce rassemblement s'inscrivait dans une série de « retraites d'exorcisme » mensuelles organisées à Fatima, qui ont suscité des inquiétudes parmi les autorités catholiques. Celles-ci affirment que ces événements se déroulent en dehors de tout contrôle officiel de l'Église, animés par des figures religieuses autoproclamées, et risquent d'exploiter des croyants vulnérables.
Un samedi récent, plus de 100 personnes attendaient le moment où Francisco Marques, 27 ans, commencerait à imposer les mains sur les participants, un par un.
Vêtu d'une soutane noire et d'un col romain, Marques a l'allure d'un clerc catholique traditionnel.
Mais ni le Vatican ni les autorités locales de l'Église ne reconnaissent son ministère, fondé en 2006.
Marques posait ses deux mains sur leur front, se concentrant en silence.
Certains participants — majoritairement des femmes — tombent immédiatement à la renverse dans les bras d'assistants postés derrière eux, avant d'être délicatement allongés sur des tapis étendus sur le sol.
« On ressent un grand sentiment de paix. C'est une libération. Je repars d'ici purifiée, avec une âme plus légère », a confié à l'AFP Lurdes Ramisio, infirmière de 56 ans, lors de la retraite.
« Je sens qu'il a un pouvoir. Ses mains me transmettent un pouvoir », a-t-elle ajouté.
'Chasser les démons'
Les sessions sont organisées par Marques et les membres de sa famille, avec le soutien de Salvatore Micalef, un Italien qui se présente comme son évêque.
« Quand j'ai rencontré Francisco, j'ai vu avant tout qu'il avait le don de chasser les démons », a déclaré Micalef à l'AFP. « J'ai donc émis un décret l'autorisant à être exorciste. »
L'exorcisme est l'ancienne pratique consistant à chasser des démons ou des esprits maléfiques d'une personne ou d'un lieu dont ils sont censés s'être emparés.
Il est pratiqué par certains catholiques romains, mais traité avec un profond scepticisme par d'autres.
Bien que l'exorcisme soit une pratique officiellement reconnue au sein du catholicisme, il est régi par des règles strictes et réservé aux prêtres spécialement autorisés.
Les responsables de l'Église affirment que les cas présumés de possession démoniaque sont abordés avec prudence et impliquent souvent la consultation d'experts médicaux, afin de s'assurer que des personnes souffrant de maladies telles que l'épilepsie ne se voient pas privées de traitement médical si leurs symptômes sont à tort attribués au surnaturel.
L'évêque Jose Ornelas de Leiria-Fatima a déclaré à l'AFP que l'Église aborde le sujet « avec une grande prudence » afin d'éviter de donner l'impression que les prêtres sont des « gourous » dotés de pouvoirs spéciaux sur les démons.
En 2023, son diocèse avait mis en garde contre ce qu'il appelait des « retraites suspectes » organisées par « un supposé séminariste ami du pape ».
Eau bénite et sel « exorcisé »
Ornelas a déclaré que si l'Église n'a pas l'autorité légale pour interdire de tels rassemblements, elle a la responsabilité de dénoncer les « abus » de ceux qui « exploitent » la souffrance des gens à leur propre profit.
Marques affirme être victime d'une campagne contre lui et a déposé une plainte en diffamation contre les autorités de l'Église.
« Nous avons été calomniés. On nous a traités de faux prêtres, de faux évêques, d'escrocs. Nous devons défendre notre dignité », a-t-il déclaré.
Au-delà des retraites mensuelles à Fatima, Marques célèbre des offices chaque dimanche dans une chapelle privée à son domicile, dans un village situé à environ 100 kilomètres au nord de la ville-sanctuaire.
Il insiste sur le fait que la participation aux séances d'exorcisme est gratuite, tout en reconnaissant que les dons des croyants contribuent à financer les activités.
Les visiteurs sont également encouragés à acheter des articles, notamment du sel « exorcisé », de l'eau bénite et des huiles d'onction préparées par Marques.
Les articles sont exposés sur une table, aux côtés de cartes de visite présentant une photo de lui avec le pape François, un numéro de téléphone et un numéro de compte bancaire pour les contributions. — AFP


