La Banque du Ghana (BoG) a suspendu un projet de frais sur les transferts d'argent mobile vers les banques de l'unité fintech de MTN Ghana, bloquant ainsi cette charge avant son entrée en vigueur prévue le 1er juin.
Dans un communiqué publié mardi, la BoG a indiqué qu'elle a ordonné à Mobile Money Fintech Limited (MMFL), la filiale de mobile money récemment créée par MTN Ghana, de suspendre le projet de frais de 0,75 % sur les transferts de portefeuille vers les banques, dans l'attente de nouvelles consultations avec les parties prenantes du secteur.

Cette décision empêche MMFL d'introduire ces nouveaux frais sur l'un des canaux de paiement numérique les plus utilisés au Ghana, où les portefeuilles mobiles sont devenus profondément ancrés dans le commerce quotidien.
Cette intervention survient près de deux mois après que MTN Group a finalisé la séparation de ses activités de mobile money ghanéennes au sein de MMFL, une restructuration conçue pour positionner la fintech comme un moteur de croissance autonome pour le groupe de télécommunications. Elle souligne également la sensibilité autour de la monétisation des paiements numériques au Ghana, où les régulateurs continuent de trouver un équilibre entre l'innovation financière et les préoccupations liées à la protection des consommateurs.
Le 31 mars, MTN Group a achevé la séparation de ses opérations de mobile money ghanéennes au sein de MMFL dans le cadre d'une restructuration visant à dégager des valorisations plus élevées pour ses activités fintech, à développer les services de paiement et de prêt, et à positionner l'entité en vue d'un éventuel investissement stratégique.
Le Ghana, où MTN a généré 549,15 millions de dollars de revenus en 2025, reste l'un des marchés de mobile money les plus matures du groupe et un contributeur clé aux revenus fintech du groupe. Le mobile money est également essentiel au fonctionnement de l'économie ghanéenne. En 2025, le pays a enregistré GH¢518,4 milliards (44,5 millions de dollars) de transactions de mobile money, soit une augmentation de 58,3 % par rapport à l'année précédente.
Les volumes de transactions ont également augmenté, passant de 745 millions à 982 millions sur la même période, soit une hausse de 38,1 %.
Les transferts de portefeuille vers les banques représentaient environ 7 % de la valeur totale des transactions en 2025 ; les transactions d'agent à agent sont restées le canal dominant sur le marché du mobile money au Ghana, selon les données de la BoG.
Le secteur s'est également développé en termes d'échelle et de pénétration. Le Ghana comptait 26,7 millions de portefeuilles de mobile money actifs en 2025, en hausse de 13,6 % par rapport à l'année précédente, tandis que le nombre d'agents de mobile money est passé à 491 000 portefeuilles activés sur la même période.
Cette suspension intervient dans un contexte de surveillance réglementaire accrue des services financiers numériques au Ghana, alors que la banque centrale renforce son contrôle sur les opérateurs fintech tout en équilibrant les objectifs d'inclusion financière avec les préoccupations liées à la protection des consommateurs.
La taxe sur les transferts électroniques (E-levy), introduite en 2022 à 1,5 %, a imposé une taxe sur les transactions électroniques, y compris les transferts d'argent mobile, et a suscité un large mécontentement public. Elle a ensuite été réduite à 1 % en 2023, avec des modifications de sa structure, notamment la suppression de l'exemption journalière de GH¢100 (0,85 dollar).
Le blocage de cette initiative tarifaire de MMFL met en lumière un premier test réglementaire pour la nouvelle structure fintech séparée de MTN, alors que les décisions tarifaires sur l'un des marchés de mobile money les plus actifs d'Afrique font l'objet d'un examen plus attentif de la part des régulateurs comme des utilisateurs.
MTN est en concurrence sur le marché du mobile money au Ghana aux côtés de Vodafone Cash et d'AirtelTigo Money, dans un secteur qui sous-tend la vie quotidienne dans le pays. La BoG a indiqué que les consultations avec les parties prenantes du secteur se poursuivront avant qu'une décision finale ne soit prise sur la structure de frais proposée.


